Prince

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mercredi 22 octobre 2008

ゲイ

 

 

Jour de pluie.

Par les fenêtres de la salle encore inconnue on pouvait apercevoir le paysage grisâtre bouleversé par un déluge de septembre. L’eau venue du ciel tombait brutalement sur l’herbe et l’obligeait à se plier, tout comme les feuilles des arbres, tandis que les nuages gris assombrissaient ce sinistre tableau et que les élèves s’installaient dans un silence absolu.

Il faisait froid dans la pièce éclairée par de longues lampes suspendues au plafond. Yuki ne pût se retenir de frissonner en venant serrer ses bras contre son torse, espérant vainement que cela le réchaufferait. Il songeait déjà à retourner chez lui, au chaud, dans son lit douillet qui semblait l’appeler au loin, en pyjama et un livre en main pour, le temps de lire quelques lignes, s’endormir, et ne se réveiller que plusieurs heures après. Cependant, même s’il le désirait fortement, il ne pouvait échapper à son devoir de lycéen et il se devait d’être présent ce jour de rentrée. Yuki s’avachit sur la table qui se tenait devant lui en soupirant, et ferma les yeux, sans penser une seule seconde qu’il risquerait de faire mauvaise impression dès ce premier jour de cours. C’est alors qu’au bout de plusieurs minutes d’attentes, un homme entra dans la pièce, visiblement vêtu sur son 31. Il vint se placer devant le tableau et fit une légère courbette en laissant afficher un large sourire sur son visage ridé, tandis que Yuki se redressait en entrouvrant les yeux.

 

Combien de temps s’était-il écoulé depuis que ce vieillard était entré dans la pièce ? Quelques secondes ? Plusieurs minutes ? A moins que ce ne soit bientôt la fin de l’heure ? Le vieil homme qui, à présent, distribuait des feuilles de papier vierges, ne tarda pas à répondre à ces questions.

-« Maintenant que les présentations sont faites et qu’il ne nous reste plus qu’une demi-heure de cours ensemble, vous allez me parler un petit peu de vous!  Vous m’inscrirez votre nom, prénom, votre adresse, numéro de téléphone, ainsi que la profession de votre père, de votre mère, vos loisirs et enfin ce que vous aimeriez faire en sortant du lycée. »

Et c’est repartit…, pensa Yuki. Evidemment, chaque année il ne réussirait pas à échapper à cette fiche de présentation qui l’obligeait à réfléchir à une façon de déjouer une certaine chose à écrire.

Alors qu’il relevait la plume de son stylo de la feuille, après avoir joliment inscrit une suite de lettres aux formes arrondies et assez singulières, la jeune fille probablement nouvelle dans l’établissement, qui s’était assise à côtés de lui après lui en avoir demandé la permission, prit sa feuille et lu ce qu’il y avait écrit.

C’est ton père qui est serveur ? Chuchota t’elle tandis que les joues de Yuki prenaient une tinte rosâtre.

-Euh… Oui…

En quelques sorte, pensa t’il.

-Dans quel restaurant ? Ou café? Mon père est barman et patron à la fois ! Peut-être qu’il travail pour lui, qui sait !

Cela m’étonnerait…

-Je ne pense pas, c’est un petit bar presque inconnu et plutôt isolé.

-Dis toujours !

Yuki hésita. Il n’y avait que très peu de chance pour qu’elle connaisse l’établissement. Même en lui révélant le nom, elle n’imaginerait probablement pas quel genre de bar est-ce que cela était.

-L’Illiondis.

-Pardon ? Demanda t’elle, la bouche entrouverte et les yeux laissant croire qu’ils allaient sortir de leur orbite.

Yuki la regarda, un peu sceptique. Prenait-elle cet air stupéfait parce qu’elle n’avait pas entendu ce qu’il lui avait dis, ou parce qu’il avait eu la malchance de tomber sur quelqu’un qui connaissait ce lieu ?

-L’Illiondis… Ne cherche pas à connaître c’est…

-L’Illiondis ?!! Tu me parles bien de l’Illiondis ?! Ce bar homosexuel réputé pour y accueillir des hommes à la beauté divine?! »

Le jeune garçon ne tarda pas à remarquer que les personnes qui se trouvaient autour d’eux les regardaient et il posa rapidement sa main sur les lèvres de la jeune fille pour qu’elle se taise et n’en dise pas plus.

 

Je ne suis qu’un idiot… Pourquoi lui ai-je dis dans quel bar il travaillait… Baka ! Baka ! Yuki se donna une petite tape sur la tête en serrant les dents. Maintenant qu’elle sait… Tout le monde va être au courant, les filles n’ont pas leur langue dans leur poche, on me l’a toujours dis, mais qu’est-ce qu’il m’a prit ?! Qu’est-ce qu’il m’a prit ?!

Les bruits de ses pas sur le sol humide retentissaient dans la rue, d’un rythme régulier mais qui semblait parfois s’accélérer. Le vent, lui, glissait entre ses cheveux blonds et les faisaient virevolter, danser, lentement et avec une certaine grâce qui lui donnait un petit air angelot.

Le voilà enfin devant le seuil de sa porte. Il posa sa main sur la poignée et l’abaissa, sachant que la maison lui était ouverte et qu’il n’avait pas besoin de sortir son trousseau de clefs, puis entra.

Qu’elle ne fut pas sa surprise lorsqu’il découvrit en pénétrant dans le salon, deux hommes, entièrement nus, l’un collé contre un mur, près de la télévision, et l’autre tout contre lui, déposant de longs baisers dans son cou tout en bougeant légèrement son bassin contre le siens.

-« Mais qu’est-ce que vous êtes en train de faire ?! Je vous avais dis « pas dans le salon » ! C’est dégoûtant !!! »

Les deux hommes en tenue d’Adam posèrent leur regard sur lui. Le plus petit des deux, avec une chevelure identique à celle de Yuki et aux mêmes yeux bleus, prit un air abasourdi et ses joues virèrent rapidement au rouge. Il se dégagea de l’emprise de l’autre homme et partit en courant s’habiller, honteux.

-« Yu-yu…Yuki… ! Bafoua t’il en enfilant déjà un t-shirt blanc à motifs verts qu’il avait retrouvé par terre.

-Vous me répugnez !! Tous les deux ! Pourquoi vous faites ça ici alors que vous saviez pertinemment que j’allais rentrer à cette heure-là ? Vous auriez pu au moins aller dans votre chambre ! »

Le second homme, encore nu, portrait complètement opposé des deux autres, s’approcha du jeune garçon qui semblait au bord des larmes et qui fronçait les sourcils, puis prit doucement son visage entre ses mains fines en lui adressant un sourire moqueur.

-« Mon cher petit Yuki, tu apprendras, le jour où tu ne seras plus puceau, que l’on ne choisit ni l’endroit, ni le moment, où l’on veut faire l’amour.

Co…Comment ose-t-il ? Qu’est-ce qu’il en sait d’abord, que je ne l’ai jamais fais ?! C’est vrai quoi, ce n’est pas écrit sur mon front !

-Ne parles pas de ce que tu ne sais pas ! Et puis lâches moi ! »

Violement, Yuki dégagea ses mains de son visage et partit en courrant pour se réfugier dans sa chambre, sous l’épaisse et chaude couverture. Depuis sa naissance, c’était le genre de scène courante auquel il devait faire face. Il ne s’y habituait pas. Il aurait tant aimé avoir des parents comme les autres. Un homme. Une femme. Ils se seraient aimés comme deux personnes tout à fait normales, et auraient sût s’abstenir de faire l’amour n’importe quand, n’importe où. Ils auraient eu du respect envers lui et l’aurait traité comme un fils, pas comme un gamin qui n’y connaît rien à la vie et auquel il faudrait bien apprendre quelques petites notions niveau sexe. Yuki referma ses mains sur le coussin qu’il serrait contre lui, tandis que ses larmes glissaient le long de ses joues et venaient humidifier ses draps.

-« Yu-u-uki-i… Je suis désolé…

Une petite tête blonde passa sa tête dans l’entrebâillement de la porte, avant que l’on ne puisse voir le corps tout entier de l’homme, visiblement accablé de voir son fils dans cet état. Il vint alors s’asseoir sur le rebord du lit et glissa sa main entre ses cheveux d’or, fins et ondulés.

-« Je sais que nous n’aurions pas dû, reprit-il, mais…

-Tais-toi ! Le coupa Yuki, Tais-toi !!

 Le jeune homme se blottit contre lui-même et mit ses mains sur ses oreilles pour ne pas en entendre davantage.

-…, Écoute-moi, s’il te plaît…

-Non ! Je vous déteste ! Toi et Hanake ! Hurla Yuki.

Son père, complètement désorienté et accablé, ne savait plus que faire pour essayer de se faire entendre. Devait-il le secouer pour le prier de l’écouter ? Retirer ses mains et insister s’il se débattait ? Avoir des gestes doux et rassurants ? A moins qu’il ne devait partir et le laisser se calmer seul ? Il opta pour la dernière solution, se disant que c’était probablement ce qu’il y avait de mieux à faire, et se leva donc pour sortir de la chambre tandis que son fils pleurait à chaudes larmes.

 

-« ça ne peut plus durer, Hanake…

-Tu dis ça à chaque fois, ma peluche, et j’ose te rappeler que ça ne fait pas moins de quinze ans.

Le plus grand homme des deux, Hanake, qui avait remit son boxer et son et pantalon, prit l’une des tasses sales qui était dans le lavabo, et fit couler l’eau pour la laver, tandis que l’autre blondinet mangeait un gâteau au chocolat comme pour faire s’évaporer sa déprime dedans, les coudes sur la table.

-Mais… Je ne comprends pas… Il aurait pût s’habituer… Mais non. Au contraire, plus le temps passe et plus notre homosexualité le répugne, Dit l’homme à la chevelure d’or.

-Je ne pense pas que cela soit ça qui lui déplaît.

Hanake se tut quelques instants, le temps d’essuyer, avec un torchon, la tasse qu’il venait de laver, puis reprit :

-Pas entièrement du moins. Même si, j’imagine que le fait que tous les parents des autres soient normaux et que personne n’ira penser que quelqu’un puisse avoir des parents homosexuels soient une majorité du problème, d’après moi, il y a aussi celui de nous voir trop souvent faire l’amour qui le dérange.

-Tu crois… ?

-Sûr et certain.

-Il faut qu’on arrête alors, Dit le blondinet avec amertume et la bouche pleine.

-Ça ne va pas, non ?!

Hanake avait faillit lâcher la tasse qu’il venait de prendre pour la passer sous l’eau en l’entendant, absolument contre l’idée et se demandant comment il pouvait penser à renoncer à ça.

-Fais-lui voir un psychologue, ça, ça serait une bonne idée. Je suis sûr que cela pourrait l’aider. Mais tes bêtises, ma peluche, non merci. Et même si toi tu es prêt à ne plus le faire, moi pas.

-Un psy ?! S’exclama le blondinet en fronçant les sourcils et manquant de recracher son gâteau, Yuki n’est pas fou ! »

Ce dernier avait daigné sortir de sa chambre, bien que ses yeux soient rouges et ses joues encore humides. Ayant entendu du bruit dans la cuisine, il s’y était rendu pour aller s’asseoir sur une chaise, en face de son père, et prendre l’un de ses gâteau qui était dans la petite boite rouge en face de lui.

Un psychologue hein… ?

Le voyant, Hanake reposa ses tasses et se rapprocha de lui, pour le soulever, s’asseoir sur sa chaise et enfin le poser sur lui, sans que ce dernier ne bronche. Il vint alors entourer sa taille avec ses bras et déposa un baiser affectueux sur sa joue tout en le regardant.

-« ça va mieux ? Demanda-t-il.

Yuki ne lui donna pour réponse qu’un vague haussement d’épaules, du gâteau plein la bouche, tandis que l’autre blondinet les regardait, toujours un air affligé sur le visage.

-ça ne te dirait pas, à toi, de voir un psychologue ? Tu sais, ça permet de se confier, de dire tout ce qu’on a sur le cœur. C’est parfois même mieux que les amis et les parents.

-Non… Je ne veux pas.

-Et pourquoi cela ? Demanda Hanake.

Pourquoi… ? Pourquoi… ? Je n’en sais rien… C’est vrai ça, pourquoi… ? Je crois que ça me fait peur… Parler à un inconnu de ses problèmes, je trouve ça bizarre, moi. D’un côté…

-Parce que.

 

 La rentrée était passée depuis voilà plusieurs jours. Jours de pluie, où il avait appris à connaître sa voisine de classe, une obsédée par les homosexuels, le yaoi, les androgynes, le visual-kei, le rock, et encore tout un tas d’autre choses dont il n’avait jamais soupçonné l’existence et dont il ne comprenait pas son attirance. À présent, ils traînaient ensemble. La plupart du temps, elle lui rabâchait qu’elle voulait absolument connaître ses parents. Question de vie ou de mort, disait-elle. Il lui arrivait également de lui demander si lui était homosexuel, mais lorsqu’il lui répondait que non, elle se mettait à crier : « mais pourquoi ?!  C’est génial ! Et tu serais trop mignon en homo !! Allez quoi ! Je suis sûr que tu es attiré même un petit peu par des hommes ! ». Yuki la trouvait idiote, certes, mais amusante. D’habitude, il rencontrait des personnes qui le regardait comme s’il était un fou lorsqu’ils apprenaient la sexualité de ses parents.

 Entre temps, Hanake avait prit soin de prendre rendez-vous chez un psychologue, à défaut de son accord. « Essayes rien qu’une fois, si ça te déplaît véritablement, tu n’y retourneras pas. » Et c’est donc le pas nonchalant qu’il se rendait à présent dans le bâtiment où il devait assister à sa première séance.

 

Yuki entra dans le bâtiment, le cœur serré et avec un léger mal de ventre. A l’entrée, tout était blanc. Les murs étaient blancs, le sol était blanc, le comptoir était blanc, la tenue du jeune homme qui le tenait était blanche, les fauteuils d’attente étaient blancs, les lampes étaient blanches, seul dans cette pièce uniquement blanche contrastait les plantes vertes qui y avaient été posées un peu partout. Et puis, il y avait des petites fontaines posées sur des minuscules tables également blanches, qui laissaient entendre le doux son du ruissellement de l’eau dans toute la pièce. Par-dessus ce chant, une petite musique. Le bruit du vent, des oiseaux, d’un triangle et de quelque chose au son aigus et scintillant. Qu’est-ce que c’est que cet endroit ? Se demanda-t-il. On se croirait dans un autre monde. Yuki s’avança timidement vers le comptoir d’accueil, un peu perdu, et sans trop savoir quoi faire, ni demander d’ailleurs.

-«Bonjours. Dit le jeune homme avant qu’il n’ait pu lui parler, C’est pour quoi ?

-J-Je… Je dois voir monsieur… Nakuma ?

-Ah ! Et j’imagine que vous avez rendez-vous. Votre nom ?

-Yuki..., Yuki Taneku.

L’homme en blanc tapa quelque chose sur le clavier de son ordinateur, qui, doit-on le préciser, était aussi blanc que la plus blanche des neiges, puis releva la tête.

-Vous arrivez pilepoil à temps ! Monsieur Nakuma vous attend ! C’est au fond du couloir, au tournant ! Il rit de sa blague et de ses rimes, tandis que Yuki se demandait s’ils n’étaient pas tous fou dans cet établissement, il y avait de quoi prendre peur.

Yuki s’aventura donc dans le long couloir qui semblait presque infini dans ce blanc intense. Finalement, il arriva au bout et s’apprêta à frapper à la porte lorsqu’il vit que cette dernière était déjà ouverte. Il aventura alors sa tête dans la pièce, afin de voir s’il y avait quelqu’un, et fut d’abord surpris de constater qu’elle n’était pas blanche comme ce qu’il avait pu voir du reste du bâtiment.

-Monsieur Taneku ? Mon assistant m’a prévenu de votre arrivée, entrez, je vous prie.

Il faillit sursauter. Il ne l’avait pas vu, cet homme à son bureau, aux cheveux bruns mi-longs attachés en une queue de cheval. Yuki obéit. Il entra, toujours d’un pas intimidé, et s’approcha du bureau.

-Asseyez-vous.

De nouveau, il fit ce que l’homme lui demandait. Il le regarda. Sans mentir, il était beau. Son visage était fin, tout comme ses lèvres roses. Sa peau, elle, semblait douce au touché et était d’une couleur ivoire, laiteuse, opaline, blême ou même blafarde. Il avait comme un air fragile mais fort à la fois. Et puis ses yeux... Ils étaient noirs. Un noir profond. Un noir absolu qui ne semblait pas vouloir  laisser passer de lumière. Il aurait pu faire peur. Mais au contraire. Bizarrement, il avait quelque chose qui apaisait Yuki, sans qu’il ne sache quoi ni pourquoi.

Monsieur Nakuma lui sourit. C’était un sourire doux, chaud, affectueux, auquel Yuki ne pût s’empêcher de répondre timidement.

-Puis-je me permettre de vous tutoyer ? Si nous sommes amené à nous revoir, autant faciliter les choses et faire en sorte de vous mettre à l’aise dès le début.

-D-D’accord…, Bégaya Yuki.

Monsieur Nakuma lui sourit de nouveau et se leva pour aller fermer la porte. Yuki ne pût s’empêcher de remarquer qu’il portait un jean foncé, des chaussures de cuire noires vernies très jolies, et une chemise violette avec, au bas, une petite rayure blanche. Il détourna alors la tête et découvrit que la pièce comportait deux canapés, tous les deux noirs. Il y avait également un frigo et plusieurs grandes étagères peintes en vert anis, où avaient été posées une multitude de livres, sans oublier les quelques bougies allumées de couleurs violettes, vertes, oranges, et noires placées sur des commodes de bois noires et dont les portes avaient été sculptées de formes baroques.

L’homme revint s’asseoir à son bureau et croisa les jambes avant de lui sourire une fois encore.

-Excuse-moi, me revoilà. Alors, parle-moi un peu de toi.

-Moi ? Demanda Yuki, comme-ci il y avait d’autres personnes dans la pièce avec qui il était susceptible de parler.

-Oui, par exemple, tu peux me donner ton âge, ce que tu aimes faire, et s’il y a des choses dont tu as particulièrement envie de me parler, même dès cette première séance, tu peux.

-Ah... Alors, euh… J’ai bientôt seize ans…

Yuki posa son regard sur ses pieds qui ne touchaient pas le sol. Qu’est-ce que je peux dire… ? Je ne sais pas ce que j’aime… Le chocolat… ?

Le silence qui s’était imposé dans la pièce fit rapidement comprendre au psychologue que Yuki avait du mal à trouver ce qu’il avait à dire.

-Tu pratiques un sport ? Tu joues d’un instrument de musique ? Demanda-t-il alors.

-Non…

-Tu aimes le bricolage ? La cuisine ? Ecrire ? Dessiner peut-être ?

-Non plus…

Yuki était réellement gêné. Il se sentait bête. Idiot. Il n’avait aucune passion, chez lui il passait son temps à s’ennuyer. Il n’avait pas non plus d’amis avec qui sortir. Bref, il était une sorte d’homme zombie, peut-être ?

-Je vois. Qu’est-ce que tu fais lorsque tu rentres chez toi, après les cours ?

La plupart du temps, je vais me réfugier dans ma chambre…

-Je… Je lis, je regarde la télévision…, ou je sors avec mes parents…

-Tu aimes passer du temps avec eux ?

Yuki releva la tête et plongea son regard dans le sien. Ils passent leur temps à se bécoter, se tripoter, même à l’extérieur, et même lorsque je suis là.

-Non…

Monsieur Nakuma ne sembla pas surpris. A vrai dire, il était rare qu’un adolescent lui réponde le contraire. Il se contenta alors de lui adresser un léger sourire affectueux.

-Pourquoi ? Tu ne les aimes pas ?

-Je ne sais pas… Je pense que si.

-Tu penses ?

-La vie avec eux n’est pas facile…

-Expliques-toi.

-Ils… Ils sont homosexuels.

Les joues de Yuki virèrent progressivement au rouge et il évita à tout pris de croiser le regard de l’homme qui se tenait assis, face à lui, se demandant comment il allait le juger à présent.

-Et cela te dérange ?

-Oui… Quand j’en parle aux gens autour de moi, ils me preinent pour un fou, ou je ne sais pas… Mais cela leur déplaît… J’ai l’impression de ne pas être normal…

Le silence vint s’imposer dans la pièce quelques instants qui semblaient des heures, avant que le psychologue ne prenne la parole, sentant que Yuki n’allait pas poursuivre la conversation de lui même.

-Et tu crois qu’envers toi, ils sont différents de s’ils auraient été deux personnes hétérosexuelles, ou ils sont des parents tout à fait normaux ?

-L’un d’eux me traite comme-ci j’étais son ami, ou son second petit ami…, je ne pense pas que des parents normaux auraient se genre d’attitude…

-Il lui arrive d’avoir des gestes déplacés ?

-Parfois… Il me taquine…Enfin, je ne sais pas si ce sont vraiment des gestes déplacés, Répondit Yuki, tête baissée, Mais je crois qu’il est plus proche de moi que le serait un vrai parent avec son enfant…

L’adolescent se sentait bizarre. Il avait l’impression de tout pouvoir lui dire, à cet homme. Comme s’il le connaissait depuis des mois, voir des années.

-Et tes amis ? Ont-ils connaissance de la sexualité de tes parents ? Poursuivit le psychologue.

Sait-il lire à travers moi ? Dans mes pensées ? C’est comme-ci il posait exprès, les questions qui font mal, qui serrent le cœur au plus profond de sois.

-Je n’ai pas d’ami… Finit par avouer Yuki, après quelques longues minutes de silence.

Monsieur Nakuma semblait ne pas savoir quoi lui répondre. Il restait silencieux, à le regarder de ses yeux divinement noirs, jambes croisées, à présent le bout d’un stylo bille à la bouche, coincé entre ses lèvres roses et humides. Ceci dit, même s’il n’en donnait pas l’impression, il réfléchissait intensément aux problèmes de Yuki, désirant de l’aider au mieux, sachant que de simples séances de psy ne lui suffiraient probablement pas.

-Qu’est-ce qu’un ami, pour toi ?

Yuki fut rudement étonné d’entendre cette question a laquelle il ne s’attendait pas. Inconsciemment, il se mordilla la lèvre inférieur et prit l’une de ses jolies bouclettes d’or entre ses petits doigts fins, pour la faire tourner autour de son index tout en regardant le plafond.

-Je pense que ce doit être quelqu’un en qui j’aurais confiance, et à qui je pourrais me confier. Il doit être à mon écoute, ne pas me juger, être toujours là pour moi aussi… Ce que je demande est excessif pour que je n’en trouve pas ?

-Je ne sais pas, Yuki. D’après toi ? Ça l’est ?

Ce dernier resta silencieux, ne sachant que répondre, quand on frappa à la porte. Gentiment, le psychologue pria la personne d’entrer, ce qu’elle fit.

 Yuki fut surpris par l’apparence de l’individu pour le moins effrayante. Ses yeux vairons, l’un blanc, l’autre violet, étaient soulignés d’un épais trait de khôl. Ses cheveux corbeaux encadraient sa tête de pics, alors que sa frange lisse lui cachait presque le regard. En observant de plus près, on pouvait remarquer que des fines mèches bleues électriques parsemaient sa chevelure.

Le blondinet vit ensuite son oreille droite, couverte d’anneaux, puis sa lèvre inférieure, elle-même percée par un énième bijou en argent, identique aux autres.

-Excuse-moi de te déranger Shigeaki, j’ai des papiers à te transmettre…

-Poses les moi sur mon bureau, s’il te plaît, Répondit monsieur Nakuma.

Le nouvel arrivant obéit alors, et posa la grosse pile de paperasse sur le meuble noir. Son long manteau qui traînait presque au sol laissa entendre un grand bruit de métal lorsqu’il bougea, ce qui, remarqua Yuki, était dû aux chaînes qui pendaient tout le long de son vêtement.

Leur regards se croisèrent et Yuki ressentit un frisson parcourir tout son corps.

Aucun sourire ne se dessina sur le visage opalin de ce garçon qui se contentait d’avoir un air méprisant et hautain à ce moment, ce qui poussa le blondinet à se demander ce que se personnage aux allures pour le moins inhabituelles venait faire ici.

Alors qu’il s’apprêtait à partir, le psychologue l’interpella.

-Attends Shizuke.

Yuki, qui croyait pourtant avoir tout vu de cet homme, aperçu les vêtements qu’il portait au dessous de son manteau. Waw… C’était une toilette de cuire noire et rouge. Le haut, qui s’arrêtait juste au dessous de la poitrine, laissait entrevoir sur sa peau nue un tatouage, dont la fin devait se prolonger au dessous du pantalon, d’un cuir semblable à celui du haut. Ces vêtements aussi, portaient des chaînes de cuir qui pendaient de-ci de-là. Jamais, non jamais, il n’avait vu un tel énergumène.

-Oui ? Dit-il presque sèchement.

-Peux-tu rester avec Yuki, quelques instants, le temps que j’aille chercher des documents importants ?

-Pff… Je ne suis pas là pour faire du baby-sitting.

Le psychologue se leva et quitta la pièce avec un sourire rassurant envers Yuki, qui était visiblement anxieux.

-Merci Shizuke, tu es un amour.

Nouveau silence. Même les chaînes du garçon ne semblaient plus parler. Il ne bougeait pas. Yuki non plus. Seul la respiration alternée de chacun se faisait vaguement entendre. Alors que Shizuke tourna la tête vers lui pour l’observer, Yuki en fit de même et leurs regards se croisèrent de nouveau. Le blondinet rougit inconsciemment et l’autre eu tôt fait de le remarquer, ce qui lui valu un fin sourire moqueur et dominateur sur les lèvres. Il s’avança alors et s’assit sur le bureau, face à lui, les jambes croisées, dans un bruit sourd provoqué par les chaînes.

-Yuki c’est ça ?

-O-oui… Balbutia ce dernier en regardant ses pieds.

-Alors comme ça tu es un sans amis ?

Yuki resta perplexe. Pourquoi le lui demandait-il cela ? D’autant plus que c’était d’un ton moqueur et sarcastique, comment pouvait-il le savoir? Et le voilà qui rigolait. Mais qu’est-ce que j’ai fais ?? Qu’est-ce qu’il a ?! Je veux partir, sauvez moi…

-Tu devrais voir ta tête. Je disais simplement cela parce qu’à chaque fois qu’un type est sans amis, Shigeaki me le refile en faisant croire qu’il doit aller chercher des documents.

Yuki baissa la tête, l’air accablé et le cœur serré.

- Hey, ce n’est pas un drame.

Le garçon se pencha vers lui et prit son menton entre son pousse et son index  afin de l’obliger à le regarder. Il ne tarda pas à remarquer que les joues de Yuki étaient devenues encore un peu plus rouges, et il sourit une fois encore, attendrit.

-Si tu venais chez moi mardi ? J’organise une petite fête entre ami, tu es le bienvenu.

Les yeux du jeune homme à la chevelure d’or s’agrandirent. Invité ? Entre amis ?

-Mais… Je… On ne se connaît pas…

-Justement, Shizuke lui adressa un sourire indescriptible, ça sera l’occasion de te faire des amis. La moitié d’entre eux sont des types qui, avant, étaient comme toi.

-Je ne sais pas quoi dire…

-Baka, accepte, c’est tout ce que tu as à faire.

 

Et il accepta sa requête, peut-être un peu a contre cœur, mais se sentant soudain léger. Il avait l’impression, que dorénavant, sa vie allait changer, qu’elle prendrait une autre tournure, meilleure qu’elle n’avait pût l’être jusqu’à aujourd’hui, qu’il allait se faire des amis, et peut-être plus.

En sortant du bâtiment il huma à pleins poumons l’air frais et humide qui se dégageait de la rue.

La séance de psychologie s’était plutôt bien terminée. Shizuke avait fini par repartir et Yuki avait continué de conter ce qu’il avait sur le cœur à monsieur Nakuma. Suite à ça, il avait prit un second rendez-vous qui aurait lieu dans à peine un mois. Sans trop savoir pourquoi, Yuki avait hâte d’y être. L’idée de revoir cet homme aux cheveux longs noirs et à la beauté divine l’enchantait. D’autant plus que, même si les bienfaits de cette séance étaient minimes, il sentait qu’au fond de lui, cela lui avait fait du bien.

 

En entrant chez lui, Yuki trouva ses parents sagement assis sur le canapé, à regarder la télévision. Certes, ils se tripotaient un petit peu, mais au moins ils n’étaient pas nus à faire… des bêtises.

Le blondinet s’approcha alors des deux hommes et se pencha pour les embrasser tour à tour sur la joue, avant de venir se nicher entre eux deux.

-Alors… ? Demanda Hanake, un peu perplexe face au silence que tenait son fils.

-Je vais y retourner bientôt…

Les deux adultes se regardèrent, presque étonnés, puis sourirent tour à tour, comme si ce qu’il venait de dire allait faire leur bonheur jusqu’à la fin de leur vie.

Yuki s’allongea alors et posa sa tête sur les genoux d’Hanake, puis ses pieds sur les genoux de son père génital.

-J’aimerai vous demander…, commença t’il, pourrais-je aller à… une fête mardi ?

Une fois encore, les deux hommes furent prient de surprise, et, un peu malgré eux, d’inquiétude. Ils n’étaient pas accoutumés à ce genre de demande.

-Yuki… Tu as cours le lendemain. Et c’est avec qui au juste ?

Le jeune garçon se redressa aussitôt pour se lever et se mettre face à eux, le regard suppliant, et les mains jointent comme s’il s’apprêtait à prier.

-Oh s’il vous plaît ! Je vous en serai très reconnaissant ! Et puis c’est juste pour cette fois !

-Tu n’as pas répondu à ma question, Yuki…, qui y aura-t-il ? Demanda Ashito, son père de sang.

-… Un garçon… Que j’ai rencontré chez monsieur le psychologue, il s’appelle Shizuke.

Ses parents se regardèrent, d’autant plus surpris, avant qu’Ashito ne soupire en parlant :

-Et les cours du mercredi alors ? Tu risques d’être fatigué. D’ailleurs, tu dormirais là bas ?

-Oui, j’aurais une chambre pour moi tout seul. S’il vous plaît, dites oui ! On en début d’année ! C’est pas comme-ci les cours étaient super difficiles ! Je comprend tout et je travail bien ! Alors même si je suis fatigué, ça ira… !!

Finalement, après plusieurs longues minutes de négociations, Hanake et Ashito acceptèrent que leur fils unique aille à cette fête donnée par Shizuke, répétant que ce serait la seule et unique fois dans l’année qu’ils céderaient à ce genre de requête.

 

Les cours passaient lentement. Yuki ne pouvaient s’empêcher de penser à monsieur Nakuma et à Shizuke. Il ressentait l’envie de les revoir et d’entendre de nouveau leur voix qui semblait désormais être un réconfort particulier. Et pourtant, depuis combien de temps les connaissait-il ? Un jour, à peine. Quelques heures et encore.

Aussi était-il pressé d’être mardi, jour qui finit enfin par arriver.

Toute la journée il s’était tortillé dans tous les sens. Changeant sans cesse de position sur sa chaise de cours, et sentant son cœur se serrer et battre à tout à l’heure. Cela lui faisait un peu peur, jamais il n’avait été à une fête, et là, personne ne lui était connu.

 

A présent il se tenait face à la porte de l’immense battisse où il devait se rendre.

Il avait chaud sous sa chemise blanche.

Il haletait presque.

Avait-il bien fait de venir ?

Après tout, il serait probablement mis à l’écart de tout.

Oui, ça ne faisait aucun doute.

Peut-être même que Shizuke l’avait oublié ?

 

D’ici, il pouvait entendre la musique qui venait de l’intérieur de la villa.

Elle était étrange, mais surtout bruyante. On était loin des chansons douces que l’on chante aux bébés. C’était un mélange de basses, batteries, guitares et voix de chanteur qui fumait sans aucun doute.

Il désirait rebrousser chemin à présent. Il était apparent qu’il n’avait rien à faire ici.

Alors qu’il redescendait les marches pour s’en aller, la porte d’entrée s’ouvrit et un homme s’avança sur le palier.

-Hé toi ! Qu’est-ce que tu fous là ? T’as été invité ?!

Yuki sursauta et se retourna vivement.

-E-euh… J-j-je… oui… Balbutia t’il en rougissant.

-Reste pas là alors, entre.

Il baissa la tête et s’avança vers lui. L’homme se poussa pour le laisser entrer puis sortit et ferma la porte derrière Yuki.

Ce dernier resta perplexe en découvrant une immense pièce qui reflétait les lumières chaudes et colorées de diverses lampes ainsi que de spots. Elle était d’ailleurs bondée de monde, personnes de majorité masculine, bien qu’il eu eut quelques jeunes femmes.

Aussitôt, il rechercha Shizuke du regard, désirant de le retrouver, essentiellement parce qu’il était la seule personne qu’il connaissait. Il ne le voyait pas. Il y avait trop de monde pour qu’il puisse le repérer facilement.

-Alors petit, on s’est perdu ?

Yuki tourna la tête, cherchant à savoir si c’était bien à lui que l’on s’adressait.

-Oui, c’est à toi que je parle, tu cherches quelqu’un ?

Il remarqua que l’homme qui lui parlait, s’habillait de façon semblable à celle de Shizuke, néanmoins, ce n’était pas lui, ce qui se distinguait immédiatement par sa chevelure courte verte pomme et par sa taille, bien plus grande.

-Euh… Oui, Shizuke…

-Ah ! Je crois qu’il est assez occupé avec Taneku et Buki-kun, mais si tu y tiens vraiment, il est au second étage, dans la pièce tout de suite à droite.

Yuki le regardait d’un air un peu perdu mais, après l’avoir remercié, il se mit à zigzaguer entre les personnes présentent dans la salle pour se diriger vers l’escalier.

Il monta donc à l’étage et chercha la porte qui le mènerait jusqu’à Shizuke.

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